samedi 3 novembre 2018

Ha oscurecido en Charleroi
De nuevo la ventana y...
Esta hora no tiene explicacion
De la profundidad de la noche 
llegan los gritos...
Borro el silencio de los cristales
No veo nada.
Es la hora de reirse mucho
y sin embargo..
Cuento el sueño que no llega...
Ni moverme
Solo tabaco, tabaco
cafe a chorros
por mi garganta
fiel sedante
calma mis mentiras !
De esta noche sin tregua
sin nada
A morir
Callada a chaparronazos sobre mi
tu voz retumba en el portal
Eres tu que besas
Y ahogas mi orgasmo
Que corre en busca de
Y se desboca y cae
como mis ojos, vencidos
Y no te han visto.


1990

vendredi 20 mars 2015

Des traces de papier

Jeter de l'encre sur papier pour exsuder la rage de l’impuissance.

Raconter pour survivre, laisser des traces comme un chemin tortueux sur lequel il trouvera des clés pour renforcer son identité lorsque les questions surgiront.

Imaginer l’enfer au quotidien sans crier gare, imaginer l'inimaginable et finir dans un combat absurde contre les institutions appelées pourtant à l'aide, imaginer cet épuisement inutile et pourtant indispensable qui vous prive de l’essentiel.

Aspirer simplement à respirer, à vous poser quelque part et à vous projeter dans un demain comme dans un luxe voluptueux auquel nous n’avons plus gouté depuis longtemps.

Imaginer un jour de paix comme un autre et pour seule vengeance le sourire d’un enfant qui efface toutes vos peines.

Entre idéal et réalité, il y a une marge qui ne m’aurait même pas effleurée si elle ne m'avait éclaté au visage.   

Les enfants devraient tous être conçus au sein de familles qui s’aiment, choyés par tous dès leur naissance, accompagnés par tous jusqu’à leur autonomie. 


Dans la vraie vie, c’est plus compliqué.  

Dans la vraie vie, parfois, des enfants naissent alors que les parents ne s’aiment plus depuis longtemps.  Parfois même après la séparation.  

Dans la vraie vie, il faut penser à réparer les blessures avant même que l’enfant ne soit venu au monde.  


samedi 14 mars 2015

L'enfant des limbes

Son petit nez tout contre le tableau
Sur ce petit banc qui fait rire les enfants
tout devant contre le tableau
Devant ...
Il ne voit pas les mots qu'elle aligne méthodiquement
Comment pourrait-il les voir?
Devant...

Alors il fait mine de se lever
Elle crie:
"Tu ne sais pas tenir en place.  Il faut toujours que tu déranges.  Tu le fais exprès"

Il essaie tant bien que mal de dire, mais elle n'entend pas 
Elle n'est pas contente...
Encore...

Lui ne comprend plus, il est très fatigué.  Ipose son crayon 
Il a essayé, mais il ne sait pas recopier des mots qu'il ne voit que de biais.  Il ne peut plus travailler.
Elle dira: encore !!!

La revoilà fachée, la revoilà qui crie... La revoilà qui s'écrie qu'elle ne veut plus le voir.
Encore...

Il ne viendra plus à l'école, il ne dérangera plus sa classe.  
Elle lui met une pile de papiers sur son banc et l'envoie dans une autre classe

Il ne sait pas s'il est puni, il est encore petit.  Mais il comprend qu'elle ne veut plus de lui...  et il a mal.

Il donnerait bien son 10 heures pour rentrer à la maison et se blottir dans mes bras. Mais voilà, il ne peut pas.

Il voudrait tant lui faire plaisir et qu'elle le regarde
Mais il ne sait pas ce qu'elle veut, 
ça change tout le temps et elle n'est jamais contente

Alors il erre... de classe en classe, des journées entières...

Il paraît qu'il n'est pas puni... Pourtant il a mal.  Pourtant il a honte quand des plus grands le frappent à la récré ...
En lui disant qu'il embête "Madame"

Il cherche des mots et ne les trouve plus... Il ne dira plus rien des semaines durant.

Les mots lui font peur, l'école lui fait peur, les enfants lui font peur...
Il est fatigué
Très fatigué

Il ne veut plus grandir, il ne veut plus lire, il ne veut plus écrire.

Il veut être tout petit et être aimé.

mercredi 19 novembre 2014

De Lorca au néant, les semailles de sang

Où suis-je?
Suis-je parti avec le dernier regard de Lorca?
Gisant inutile dans une mythique fosse
Hantant la mémoire de mes seuls enfants
Oublié des amis des poètes
Où suis- je?
Ai je accompagné Hernandez jusqu'au tir incertain?
Ai je vu son regard se voiler avec le mien?
Emportant avec nous les rêves de liberté
Et le dernier souvenir du dernier baiser
Où suis- je?
Peut être avec Machado dans l'exil?
Suivant ainsi les pas d'un autre Miguel
Qui avait tant cru que le futur de l'homme
Ne pouvait se trouver qu'en Espagne
Où suis je?
Abandonné anonyme au fond d'une fosse
Comme tant d'autres parsemant les chemins
Irriguant de mon sang la terre désertée
Par tout espoir de liberté
Où suis- je?
Qu'importe puisque je serai à jamais vivant
Dans un poème ou un chant
Que mon sang a irrigué les graines
Que ce n'est qu'une question de temps

dimanche 28 septembre 2014

Victimes et bourreaux

Une amie écrivaine espagnole a publié récemment un micro récit sur le pardon d'une victime à son bourreau. Cette histoire a réveillé en moi d'autres récits de mon histoire familiale.

Un jour mon père, adulte, se trouvait dans la sierra avec son fusil, il s'est retrouvé face à un des hommes qui étaient venus les arrêter lui, enfant, et mon grand père qui disparaitra le 23 août 1936. Il l'a tenu en joue longuement avant de baisser son bras et de faire demi tour. Ce jour-là,
 il a gagné en humanité car la vengeance n'est pas la justice et que nous valons beaucoup plus que ces assassins.

Mes pensées m'ont ensuite conduit vers les villages d'Andalousie où j'ai pu échanger avec des familles de victimes ou des survivants, je me suis aussi rappelé les derniers jours de mon père. Il paraît que les bourreaux finissent fous, hantés par leurs victimes. Toutes les victimes que j'ai connu ont terminé leur vie terrorisées par des monstres qui hantaient leurs nuits et parfois même leurs jours.


Mon père avait 13 ans lorsque la garde civile et la falange espagnoles sont venus les arrêter, lui et son père un 19 août 1936. Mon grand père a été emmené en "promenade" par la falange espagnole après quelques jours d'emprisonnement. Un "ordre" de Queipo de Llano établissait l'âge minimal pour une execution à 14 ans. Mon père a pu ainsi échappr à la "promenade". Quelques années plus tard, il s'est retrouvé face à un des falangistes qui avaient emmené son père, il aurait pu l'abattre, il ne l'a pas fait.

La morale et une certaine idée de la justice voudraient que les bourreaux soient hantés par leur victimes, en réalité ils sont hantés par l'idée qu'ils se font d'une inéluctable soif de vengeance. Du moins c'est ainsi qu'on me les a décrit au seuil de leur mort. Cette même idée de justice voudrait que les victimes survivantes puissent mourir dans la paix. Pour les survivants de ma famille, ce ne fut pas le cas. Ils étaient terrorisés jusqu'à l'hallucination, voyant des monstres qui les poursuivaient nuit et jour, confondant souvent rêve et réalité. Mon père est mort ainsi et mon oncle s'est jeté d'une échelle à 91 ans pour échapper à ses monstres.  

Il faut imaginer victimes et bourreaux cohabitant dans les villages, la blessure ouverte, la honte de sevoir criminalisées et marginalisées pour des crimes commis par leurs bourreaux, le silence et la terreur et puis l'avènement de la parole, même si elle reste murmure de crainte de blesser les descendants des bourreaux, parfois même les épousailles, alors on cultive le silence.


vendredi 19 septembre 2014

Eternelle errance

Couper les ailes à la mémoire. 

Fermer les portes du passé.

Une trace, une image...un rappel ...

La peur de la déchirure

de l'abandon

Un train, un avion, un départ... 

Une fuite...

Abandonner pour ne pas s'abandonner...

Ne pas s'abandonner, jamais...

Partir, toujours plus loin, toujours ailleurs...

là où l'herbe est plus verte tant qu'on n'y a pas posé le pied.







 

mercredi 17 septembre 2014

Mes premières armes

Suis-je

Je ne sais pas encore si je suis, ni ce que je suis.
Je sais que j'éprouve des sensations, du bien-être et parfois des tensions.  Je suis très sensible aux bruits extérieurs.

Un jour, j'ai entendu beaucoup de cris, j'avais peur, j'avais mal.  Je me suis recroquevillé sur moi-même et j'ai essayé de me concentrer sur les battements de cœur de ma mère, mais les bruits prenaient le dessus.  Ensuite il y a eu un grand bruit et puis un grand silence.  Les battements de cœur de la femme qui me porte sont toujours aussi réguliers, je ne comprends pas parce que mon petit cœur à moi, il bat la chamade, pour la première fois, j'ai peur.

Je ne sais pas si c'est le jour ou la nuit.  Les semaines sont plutôt calmes, même si celle qui me porte est très agitée, ça balance dans cette eau tiède qui me rassure malgré le mal de mer.  Surtout les vendredi et samedi soirs, ça tangue beaucoup, il y a de la musique, je l'entends rire à grand éclat et souvent la soirée se termine avec un énorme poids qui m'étouffe, je ne sais plus comment me mettre et je n'arrive pas à dormir.  Puis tout s'arrête.  Le cœur que j'entends est toujours paisible, le mien bat la chamade, j'ai peur.

On voyage beaucoup, je suis toujours dans ma bulle et les sons me parviennent feutrés, malgré cela je perçois des cris et de la violence.  Ça me crispe.  Je me replie au plus profond de moi-même et j'essaie de me concentrer sur les battements de cœur de cette femme dont je suis tellement dépendant.  Ils sont toujours paisibles quelle que soit la situation, rien ne semble l'émouvoir.

Je grandis et commence à percevoir autre chose que des sensations, des émotions.  A l'extérieur il y a un bruit continu, finalement il me berce.  Petit à petit je commence à être à l'étroit dans ma bulle bien tiède et je perçois aussi les émotions et les sentiments de gens qui entourent ma maman.  Maman: j'entends souvent ce mot au travers de ma bulle.  Souvent ça discute, ça n'a pas l'air agréable, j'entends aussi le mot bébé et le mot papa, mais c'est toujours avec colère, ça a l'air terrible!  Je m'accroche aux battements de cœur apaisants et j'essaie de ne pas écouter tous ces bruits dissonants qui me parviennent et me font peur.

Je suis de plus en plus à l'étroit et je sens que ma maman voudrait bien que je quitte ma bulle, mais je m'accroche, je n'ai pas envie de ces cris et de cette colère.

Etre?

Je suis de plus en plus à l'étroit et je me suis entièrement retourné, au loin je vois une légère lumière, parfois j'ai envie de m'étirer et de me dégourdir les membres, alors j'entends les rires de ma mère.  J'entends cette sonnerie que je reconnais depuis que je perçois les sons, généralement ma mère devient alors très volubile, elle rit, parle beaucoup mais je ne perçois pas les émotions.  Maintenant j'entends cette sonnerie mais elle s'arrête et il y a un grand silence qui m'angoisse, ce silence ne ressemble à rien de ce que j'ai connu jusqu'ici, il me pèse.  Je me sens seul et j'ai peur.

Ces derniers jours, je sens que je progresse vers cette lumière diffuse malgré ma résistance.  Il y a souvent du monde autour de moi qui parle ou crie, oui je crois que ce sont des cris de colère, je me sens tendu lorsque j'entends ces voix, elles portent en elle une violence qui me glace.

Je ne sais pas combien de temps je serai encore bien au chaud relié aux battements de coeur réguliers de ma mère, je sens désespérement que cette chaleur qui m'entoure et me rassure ne durera plus très longtemps, je continue à progresser dans ce qui devient de plus en plus étroit, tellement étroit que j'ai du mal à percevoir cette lumière que je voyais encore les jours derniers.

Brusquement, ma mère se baisse et pousse un gémissement, je sens sa douleur jusque dans mes entrailles, j'ai mal aussi car elle me pousse inexorabement vers l'extérieur.   Cela se répète de plus en plus en plus souvent et soudain, ma bulle bienfaisante et liquide se rompt et je me retrouve pour la première fois en proie à la peur et à la souffrance, j'entends ma mère souffrir et j'ai du mal à respirer, ce cordon qui me relie encore à ma mère m'apporte toutefois l'air que je tente désespérement d'avaler avec.... ma bouche?

Tout à coup je prends conscience des différents éléments qui m'entourent et me violentent, mais aussi de mes propres perceptions et je sens naître en moi une peur viscérale. celle de rester à l'intérieur où plus rien ne me protège et celle de sortir vers un inconnu dans la douleur.

J'entends ma mère crier et appeler, elle marche quelques mêtres et s'assied, j'étouffe et je pousse, maintenant c'est sur, je ne veux pas rester à l'intérieur et mourir, je veux sortir.  Je sens des roulements et des cahots, j'ai le sentiment que nous avançons très vite, les soubressauts durent un moment et puis tout s'arrête.  Ma mère continue de gémir ou de crier parfois, moi aussi j'ai mal chaque fois que j'essaie de progresser dans ce tunnel.

Nous sommes soulevés du sol et étendus et nous recommençons à bouger très vite, mais moins vite que précédemment, j'entends des voix rapides autour de nous, mais elles se veulent rassurantes.  On nous soulève à nouveau, j'ai le visage engoufré dans un tunnel trop petit pour me permettre de respirer par moi-même, mais ce cordon m'aide encore.  J'avance, ma mère crie, je pousse, je sens aussi qu'elle pousse, cela fait mal, nous ne faisons qu'un, un seul cri de douleur, ma mère crie et j'ai mal en silence.

Soudain, deux mains entourent ma tête et tirent de toutes leurs forces, je suis anéanti par cette lumière aveuglante et me rends à peine compte que je suis maintenant libéré de cette compression, je suis passé, je suis.  Il fait froid, il y a trop de lumière, trop de bruit, trop de peur, je crie et mon cri se transforme en un hurlement de terreur lorsqu'une main coupe le cordon qui me gardait quelque assurance.

Je suis aveuglé par les taches blanches et je me sens saisi par des mains qui m'emmènent et me plongent dans un liquide qui me rappelle la chaleur de mon refuge mais rien n'est pareil, je sens de l'eau sur mon visage et une main m'effleure, cela va très vite.  Je me retrouve enroulé dans une matière inconnue, je retrouve un peu de chaleur.  On me dépose sur le ventre de celle qui m'a porté tout ce temps et je reconnais les odeurs, cela m'apaise un peu.

Je suis

Maman la vie ça fait mal...

Oui ce ventre m'apaise et je cherche spontanément un sein où m'agripper, ils sont généreux et attirants, je m'agrippe, mais ma mère ne tient pas en place, elle s'agite, elle parle sans cesse, la sonnerie que j'entendais assourdie au travers de ma bulle est maintenant stridente, tout ce bruit embrouille mes sensations et m'empêche de me concentrer sur ce sein pourtant tellement appétissant.

De temps en temps, des femmes en vert me soulèvent et m'examinent, dans un premier temps ce sont elles qui me donnent mes premiers bains, elles montrent aussi à ma maman comment faire pour me laver, pour me couper les ongles, pour me changer, mais je la sens tellement mal à l'aise et tellement précipitée que tout devient vite désagréable.  En fait j'ai le sentiment d'être seul lorsque je suis avec elle.  Je n'arrive pas à accrocher son regard.  Elle dit souvent que je suis beau et qu'elle m'aime, mais ces mots restent en apesanteur, comme s'ils s'adressaient à un autre.  Dès que je m'accroche à son sein avide de boire, je sens son corps me rejeter, ses seins regorgent pourtant de lait en abondance, mais je ne peux jamais m'arrêter suffisamment pour être rassasié.

Il y a des va et vient continus et toujours de la tension.  Deux femmes surtout sont très fâchées lorsqu'elles viennent me voir, elles crient et je n'aime pas ça.  Lorsqu'elles me prennent dans leurs bras je sens une tension très désagréable, je regrette ma bulle et voudrais faire demi-tour, mais cela semble impossible, tout me dérange, cette lumière, les va et vient, les bruits, les cris, les tensions, l'agitation constante de ma mère. Je pleure souvent car je suis angoissé et puis il y a aussi des sensations nouvelles et désagréables: la faim, les odeurs, le bruit, les langes trop chargés...

Au bout de trois jours, ma maman me donne du lait dans une bouteille avec quelque chose qui ressemble à son sein mais a un goût plutôt désagréable, au moins je suis rassasié et je peux alors m'assoupir plus longtemps seul dans mon petit lit. D'ailleurs, je m'habitue très vite au goût de ce faux sein et je finis par aimer ces moments de répit.

Il y a toujours cette sonnerie qui me dérange et me réveille, même si je commence à m'y habituer, j'essaie de faire abstraction et de me concentrer sur les lumières, je commence à distinguer quelques formes devant mes yeux, des clairs obscurs s'ajoutent à mon ouïe, aux odeurs et au toucher pour compléter mes sens.  Le moment que je préfère est celui où je me retrouve dans un liquide qui me rappelle ma bulle, sauf qu'après j'ai froid et je me mets à pleurer.

Trois femmes et ma maman sont en train de préparer les vêtements, elles m'ont mis un bonnet, des vêtements très chauds, une couverture et puis elles m'ont déposé.  Je sens qu'on bouge, elles discutent sans arrêt.  J'entends un claquement de porte,un bruit de moteur et très vite les bercements m'endorment.

Lorsque je me réveille il fait horriblement froid et une odeur très désagréable et persistante me donne mal à la tête.  La température monte peu à peu, on m'a placé près de la source de chaleur et je vois des lumières vives.  Ça sent terriblement mauvais et il y a des voix et de la musique sans arrêt, ça finit par me donner le tournis.  Heureusement que je m'endors et alors je crois me retrouver au chaud dans ce liquide qui me protègeait des bruits et des cris de l'extérieur, jusqu'au réveil où j'éprouve une série de besoins, de frustrations et de douleurs...

Je veux retourner dans ce ventre qui, même agité,m'apportait un minimum de sécurité, ici il y a trop de lumière, trop de bruit, il fait froid et ça sent mauvais.  Tout le monde est énervé, le téléphone n'arrête pas de sonner, tout le monde crie et ça rentre et ça sort sans arrêt.

La rencontre